(Samedi 24 juillet) Gare de Bordeaux, avec maman nous sommes sur le quai dans l’attente du train en provenance de Nancy. C’est un grand moment : Edgar va débarquer d’une minute à l’autre. Le voilà enfin mon cher garçon qui vient de se farcir quelques 5 heures de trajet en compagnie d’autres marmaïs ! Pas moyen de le louper avec sa casquette ‘Ouigo’ estampillée de son prénom et surtout grâce à son sourire tranche papaye. On se serre dans les bras l’un de l’autre, ce qui déplait à l’hôtesse qui préférerait que l’on remplisse de la paperasse plutôt…
Le début de ces nouvelles vacances va se dérouler dans les Landes, en famille. Le temps file paisiblement et agréablement, occupé par (encore et toujours) quelques menues améliorations du camion, des jeux, des activités en compagnie de nos ami(e)s et des sessions de paddle. J’ai acheté une planche à Edgar qui se débrouille comme un chef. Malgré quelques gamelles de temps en temps (qui ont le don de l’énerver), il montre un excellent équilibre et il a fière allure debout sur sa planche. La première sortie se fait sur le lac de Soustons, les suivantes sur le lac marin de Vieux-Boucau puis le long de rivières (dont une sur l’Adour, en compagnie de JD, Juliette et Roxane, où l’on admire quelques élégantes cigognes) ce qui requiert plus de technique (dimensions réduites, courant, méandres). Il progresse vite et c’est si agréable de naviguer ensemble le long des végétations humides où nous surprenons quantité d’animaux (Cormoran, Héron cendré, Canard colvert, Martin pêcheur, serpents, Ragondin, Tortue de Floride, etc.).
Au cours de la semaine, on passe également du temps avec Mickaël (un petit cousin vivant à Narbonne), ses enfants (Louise et Sacha) et leur cousin (Noa) ainsi qu’avec nos voisins qui ont organisé des minis olympiades (que je remporte haut la main, ils ne sont pas très sportifs).
En fin de semaine, nous avons grand plaisir à accueillir mon cousin Yannick, sa femme Elodie et leurs trois enfants (Noé, Mao et Mila) qui font un stop sur leur route pour l’Espagne. Nous passons une journée ensemble, les enfants s’entendent à merveille.
(Dimanche 1 août) Même si tous ces moments, rares et fugaces, sont particulièrement bons et précieux, des fourmis nous démangent. Avec Edgar nous avons très envie de partir à l’aventure à bord du camion, qu’il puisse enfin goûter au bonheur de cette vie d’itinérance, synonyme de simplicité, de liberté et d’autonomie. Tout est prêt : le camion est propre et en parfait état de fonctionnement, des vivres ont été stockées et le plein d’eau a été réalisé. C’est musique à fond, sous un ciel gris et des températures fraiches (15°C !), que nous faisons au-revoir à Simone. Nous la retrouverons dans quelques jours, du côté de Mèze (Hérault) pour des retrouvailles familiales… D’ici là, nous prévoyons quelques visites de monuments historiques, des moment sportifs et surtout de partager d’inoubliables temps de vie et de passer du temps ensemble.
La traversée des Landes est tristounette et monotone mais l’ambiance dans l’habitacle est chaleureuse. Curieux de tout ce qu’il observe, Edgar ne cesse de poser des questions… Il en profite pour réviser le code de la route et apprendre de nouveaux panneaux, ainsi que pour se familiariser avec des applications de cartographie sur le téléphone, ce afin in fine d’obtenir son diplôme de ‘Copilote émérite’. Nous sillonnons à présent les paysages vallonnés du nord du Gers où il est temps de faire une première halte à Fourcès. D’abord se restaurer (pain, fromage et choux), puis se promener dans ce minuscule village remarquable par sa place centrale (ici on dit bastide) de forme circulaire entourée de vieilles maisons à colombages. Ce serait la seule de cette forme dans le Gers, et le village daterait du XIème siècle. Le soleil est revenu, c’est très agréable et quel voyage dans le temps : on s’attend à voir surgir les mousquetaires d’un moment à l’autre !
Quelques kilomètres plus loin, nous arrivons au village fortifié de Larresingle. Ce petit village d’un peu plus de 200 âmes dispose d’un château entouré de fortifications construites au XIIIème siècle et parfaitement préservées. A l’intérieur chaque bâtisse a conservé son état d’origine, c’est remarquable. On profite d’un stand de jeux en bois pour nous livrer à une partie acharnée de mini-hockey. Nous pénétrons ensuite dans une riche librairie associative tenue par d’adorables passionnés. La tentation est forte d’acheter des kilos de bouquins (tout semble intéressant) mais on se contente de ‘Cyrano de Bergerac’ pour Edgar, choix qui impressionne grandement les libraires (non la jeunes génération n’est pas toute accro aux écrans). Ce sera sa première lecture d’une pièce de théâtre !
Histoire de changer un peu des vielles pierres, le prochain arrêt se fait à Graziac, au bord de la Baïse , une des rares rivières sauvages disposant d’écluses (une vingtaine au total) ce qui permet la navigation de pénichettes sur cet étroit cours d’eau sur une soixantaine de kilomètres. Les plus volontaires peuvent même regagner le canal latéral de la Garonne, puis le canal du Midi et quantités d’autres vois navigables, leur permettant de prolonger leur trajet sur plus de 8000 kilomètres de vois navigables. On y rencontre un éclusier qui nous présente fièrement les ouvrages ainsi que son travail (entretien des écluses, des rives et de la maison, plantations d’arbres, sensibilisation et renseignements des usagers).
Nous reprenons paisiblement la route en direction l’Abbaye de Flaran. C’est un haut lieu touristique car le monument est classé patrimoine mondial à l’UNESCO. Conséquence directe en ces temps de crise : le passe sanitaire est obligatoire ! On tente le coup à l’entrée mais je me vois refuser l’accès par un monsieur tout à fait compréhensif qui a l’air plus désolé encore que je ne le suis et qui avoue ne pas se complaire à jouer un tel rôle. Nous sommes d’accord pour dire que c’est tout de même incroyable de priver des gens curieux d’un tel héritage historique pour des raisons plus politiques que sanitaires. Tant pis, on se contente d’admirer l’extérieur de ce splendide ouvrage en pierres de taille…
Fort d’un prospectus distribué à l’Abbaye, on file alors à Valence-sur-Baïse afin de jouer à un jeu de piste particulièrement pédagogique. Le but est de parcourir la bourgade à la recherche de 11 indices disséminés autour de bâtiments remarquables et dont chacun relate le rôle de divers personnages à l’époque médiévale. Après une petite heure d’errance mettant à rude épreuve son sens de l’orientation, Edgar est très fier de résoudre l’énigme.
Insatiables, nous prenons le temps de faire une nouvelle halte, à Fleurance afin d’admirer sa splendide halle centrale. Formée d’arceaux, de style néo-classique, son architecture à gros piliers et sa charpente sont impressionnantes bien que reconstruites en 1837 suite à un incendie. Aux quatre angles de la halle trônent de belles statues-fontaines de bronze du XIXème siècle représentant les quatre saisons.
Le soleil décline, il est temps à présent de trouver un endroit pour passer la nuit.
Après avoir circulé sur de petites routes départementales, on s’arrêt à Homps, un minuscule et pittoresque hameau de seulement une douzaine d’habitants. Un terrain plat et verdoyant jouxtant une belle bâtisse en pierre fera parfaitement l’affaire. Edgar joue à sa console Switch sur son nouveau jeu (les JO de Tokyo) tandis que je prépare le repas (semoule, choux et graines grillées). Il est tout excité de passer sa première nuit en camion !
(Lundi 2 août) Le temps est radieux ce matin, ça fait du bien au moral ! Avantages de la slow life, on se permet de trainer à Homps pour visiter un jardin extraordinaire : le jardin de Jeanne (en hommage à J. d’Arc). Tenu depuis une dizaine d’années par un charmant couple de retraités, il est attenant à un donjon médiéval qui constitue une partie de leur habitation. Conçu à partir d’archives du Moyen-Age, et malgré des dimensions réduites, il est riche de plusieurs centaines d’espèces d’herbacées – des médicinales (herbularius comme on disait à l’époque) et des potagères (hortus)- et de quelques fruitiers (viridarium ou pomarium) dont un énorme Noyer. Les insectes abondent dans cet espace sans phytocide, passant de fleurs en floraison afin de réaliser un inestimable travail de pollinisation. Egalement collectionneurs dans l’âme, de multiples objets (rûches anciennes, vieilles lampes à huile, pièges à insectes et abreuvoirs à oiseaux locaux, arrosoirs typiques du Moyen-Age, etc.) renforcent le côté traditionnel du jardin. Entre passionnés de plantes nous allons y rester pratiquement deux heures, nous délectant des multiples anecdotes racontées par la sympathique propriétaire.
Quelques photos dans un champ de Tournesol aux chaleureuses teintes orangées, et les kilomètres défilent à nouveau. On en profite pour écouter Nirvana (album Unplugged) et parler de la starisation et du suicide mais aussi pour aiguiser nos oreilles à l’anglais et apprendre quelques mots. Le camion, c’est décidément mieux que l’école !
A midi, après avoir acheté un pain à un distributeur (mais quelle drôle d’époque !) on casse la croûte (fromage et choux, et en guise de dessert une tartine de caramel beurre salé pour mon gourmand de fils) sur la belle bastide de Cologne.
Nous quittons le Gers pour entrer dans la Haute-Garonne. Tandis que nous passons à Toulouse, impossible de résister à un arrêt au Vieux Campeur… Tant pis pour ma carte bleue, je suis trop content de mes nouvelles acquisitions (topos d’escalade, livres de montagne, baudrier) qui me promettent quelques bons jours de sport et de plaisir.
En début d’après-midi, on visite quelques rues dans Rabastens ainsi que son originale cathédrale de style gothique occitan élaborée à partir de briquettes rouges et dont les murs sont couverts de fresques du XIIIème siècle. Quel dommage que l’éclairage soit si mauvais !
Encore quelques dizaines de kilomètres et nous entrons dans Albi, une majestueuse cité au centre historique remarquable. Il y a foule, la plupart des gens sont masqués… On se promène durant quelques heures, admirant vieux bâtiments, rues typiques, églises et la massive cathédrale. Là encore, tout est en briquettes, ce qui confère un style particulier. On flâne au bord du Tarn appréciant calme et fraîcheur.
Il est déjà tard, c’est l’heure de trouver un endroit pour la nuit. Grâce à l’application ‘Park4night’ Edgar déniche un spot qui a l’air grandiose, à côté de Pagès. Une piste nous mène au sommet d’un promontoire où trône une immense croix. La vue circulaire sur la campagne environnante est grandiose. Une fois le calvaire de la douche froide passé, on est bien, posés sur nos chaises de Bidochon, face au soleil couchant. De purs instants de bonheur, tout à fait dans le prolongement de ces belles journées de voyage. La nuit, le ciel dévoile des milliers d’étoiles bien visibles depuis notre nid d’aigle où pratiquement aucune lumière parasite n’est visible sauf celles clignotantes de quelques éoliennes au loin.
(Mardi 3 août) Lever sous un ciel dégagé, et toujours ces splendides paysages vallonnés faits d’immenses pâturages où paissent quelques troupeaux de vaches (on est loin de l’élevage intensif) et où quelques gros chênes pointent leur haut houppier. On débute notre journée par une séance de yoga suivie d’une dizaine de minutes de gainage. On part plein sud ce matin, dans le Minervois. Je tiens absolument à emmener Edgar dans cette belle région que j’avais découverte l’an dernier (falaises de Fauzan et de Trémenal). Plus aucun Tournesol ni Maïs à présent, les températures augmentent, la végétation devient plus provençale dominée par la garrigue et le maquis qui dégagent une délicieuse odeur, les cigales se font entendre et des barres rocheuses de magnifique calcaire se dressent autour de nous. Les routes sont étroites, on ne croise pratiquement plus personne. Que j’aime ces ambiances sauvages ! Après une pause sandwich (beurre de cacahuète, choux et fromage, sans oublier la tartine au caramel de beurre salé pour Edgarito), nous nous arrêtons un peu plus tard sur le parking de Fauzan, à deux pas de Minerve. Je suis submergé par de bons souvenirs : c’est exactement ici que j’avais rencontré, l’an dernier, Josef, Anet et Francesca, les tchèques avec qui j’avais passé de si bons moments. On va marcher dans les gorges de la Cesse, qui dévoilent des formations minérales sculptées et aux remarquables diversités de teintes. En bord de rivière, un vieux moulin sert à présent de gîte pour randonneurs. L’intérieur est étonnamment propre et ordonné. On se promène d’abord sur un sentier, puis le long d’une sente perchée à mi falaise où Edgar peste contre les chênes de Provence dont les feuilles épineuses lui écorchent ses délicats mollets. De rares grimpeurs s’amusent sur des voies splendides. Ah, j’en serai presque jaloux… sauf que c’est si bon de partager de tels moments avec mon fiston. En cours de route, on confectionne un bouquet de fleurs provençales afin de décorer momentanément le camion puis en guise de présent à nos prochains hôtes.
On recharge les batteries dans le camion avant une visite de la pittoresque Minerve. Après avoir contemplé une catapulte et s’être imaginé menant le siège du village et de ses épaisses murailles, on s’enfonce dans une immense arche naturelle, véritable tunnel de plusieurs dizaines de mètres de dimensions creusé par la rivière dans un pan de falaise. C’est difficile de croire que l’eau est capable d’une telle oeuvre alors que sont lit est totalement à sec à cette époque. Des centaines de cairn ont été construits à la sortie de l’arche, nous rajoutons une pierre à l’édifice. On prend ensuite le temps de boire une limonade dans l’unique bar tandis que le village est à présent totalement désert. Même plus un restaurant ouvert alors que la saison touristique bat son plein, c’est bien dommage. Tant pis, ce soir on se contente d’un plat de semoule, de thon et de choux.
(Mercredi 4 août) Il a bien plu cette nuit, une énorme flaque s’est formée sur le parking. Même dans le pays des cigales l’été n’est guère estival… On passe la matinée dans le camion, entre ordi et apprentissage de la flore locale (grâce à ‘PlantNet’) pour ma part, Switch, kendama et lecture de Cyrano pour Edgar. Ce repos forcé nous fait le plus grand bien !
Nous reprenons la route vers la Méditerranée et faisons un stop à Pézenas, ville de théâtre, d’arts et de culture qui doit notamment sa réputation au fait que Jean Baptiste Poquelin – alias Molière – et sa troupe s’y soient installés durant quelques années. J’ai plaisir à retrouver cette magnifique cité, parcourue maintes fois alors que j’étais mino et de la faire découvrir à Edgar, même si la pluie gâche quelque peu notre visite. Malgré tout, beaucoup de touristes circulent dans les ruelles et les boutiques sont pleines à craquer. Histoire de changer du combo choux-fromage, on s’offre un excellent repas dans un restaurant bio tenu par deux charmants propriétaires. En guise de souvenir, j’achète à Edgar un porte monnaie en cuir et y glisse un billet de 20 euros. Très heureux et particulièrement fier d’être considéré comme un grand, il me promet qu’il en fera bon usage.
Dernière ligne droite à présent, le Mas du Retour à Mèze apparait à l’horizon. C’est là que réside une partie de ma famille maternelle et nous avons alors grand plaisir à retrouver mon oncle et ma tante (René et Nadine), ma cousine (Béatrice) et son mari (Guy), mon petit cousin et sa copine (Rémi et Camille), ma petite cousine (Alyzée) et son conjoint (Guillaume) sans oublier leur bébé, toute fraîchement arrivée : Lise. Ma maman débarque depuis les Landes peu de temps après nous.
(Jeudi 5 août) Cette journée va être calme, nous avons tous deux besoins de recharger les batteries et ça fait chaud au coeur de se retrouver en famille. On profite de la matinée pour faire quelques menues réparations sur le camion et on s’accorde une session de paddle sur l’étang de Thau caractérisé par des treilles (on parle de tables) sortant de l’eau et sur lesquelles sont produites les excellentes huitres de Bouzigues.
Le soir nous partageons le repas avec mon cousin-filleul Gaël et sa copine Lisa. Ils ont un drôle de chien, Pétrus, un minuscule Loulou de Poméranie qui dénote avec la grande taille de Gaël. Ce sera la nouvelle (gentille) insulte d’Edgar dans les jours à venir (espèce de Pétrus va !).
(Vendredi 6 août) Ce matin, une fois le camion chargé d’un large canapé, nous traversons Montpellier pour rejoindre Saint-Christol, un village entouré de vignes typique du Languedoc où réside ma cousine d’origine corse, Cécile. Encore de belles retrouvailles !
Puis, nos roues nous portent au pied du Pic Saint-Loup. Là encore, c’est un coin que j’avais découvert l’an dernier en compagnie de Gaël et que j’avais particulièrement apprécié. Le soleil est au zénith, les cigales cymbalisent à tout va, pratiquement personne sur le sentier. Au début de la marche, on fait la connaissance d’un sympathique couple de marcheurs tombé amoureux de La Réunion il y a quelques années. Je monte à toute allure, Edgar tente de suivre le rythme… Mais quelle récompense une fois au sommet, tandis que se jette à nos pieds la vertigineuse face nord et que se dresse de l’autre côté du vallon la falaise de l’Hortus (lieu de belles frayeurs lors d’une épique grande voie réalisée en 2020 avec Anet).
Retour en famille en fin d’après-midi, on s’accorde alors une sieste réparatrice.
(Samedi 7 août) A nouveau du mauvais temps… La matinée est dédiée à des séances de yoga et de gainage, ainsi qu’à quelques courses histoire de remplir les placards de Ti’lland. Après un délicieux dernier repas (miam miam, des moules farcies et des pâtes) avec la famille, on reprend la route en tout début d’après-midi, très heureux de voir à nouveau les paysages défiler et de partir vers de nouvelles aventures.
On traverse péniblement Béziers, ses rues encombrées et quelques étroites ruelles (c’est toujours pénible et stressant les villes en camion, j’évite au maximum…) pour stopper le moteur aux Neuf écluses de Fonsérannes. Cet exceptionnel ouvrage régule le canal du midi en formant de larges bassins qui permettent de franchir un dénivelé de 11 mètres sur environ 200 mètres de longueur. Leur conception est ingénieuse et fonctionne toujours à merveille. Seul désenchantement, il y a foule et les autorités ont même installé des barrières empêchant d’accéder aux écluses (même pour les détenteurs d’un passe sanitaire). On fait la rencontre d’une vielle dame qui ravitaille en linge propre une large péniche emplie de mômes. Elle nous explique qu’elle était l’ancienne (et heureuse) propriétaire de ce bateau dédié au transport de colonies de vacances. Afin de ne pas lasser les jeunes, la navigation dure au maximum 3h00 par jour, ainsi les étapes sont multiples et variées (culturelles, sportives, environnementales). Qu’est ce qu’elle a dû apporter comme bonheur à des quantités de gamins tout au long de sa carrière ! Edgar, quelque peu jaloux, décrète que l’an prochain on louera une péniche avec les copains !
En fin d’après-midi, nous voici de retour dans le Minervois, cette fois à la limite entre l’Hérault et l’Aude, à Caunes-Minervois et plus exactement sur le site de Notre-Dame du Cros. Tout est grandiose : les champs d’Amandier, la végétation provençale, le village aux vieilles maisons de pierre, l’église pittoresque… Et quelles falaises !! En plus des couleurs grises à orangées caractéristiques de l’action de l’eau sur le calcaire, certains blocs sont roses vifs ou rouges car formés de marbre. Le coin est en effet réputé pour ses deux types de marbre, le ‘marbre du Languedoc’ (techniquement des calcaires à Stomatactis) de teinte rose vif veiné de longs rubans blancs à gris et le ‘marbre griotte’ soit du calcaire noduleux rouge riche en Goniatites. A leur heure de gloire, les carrières locales ont fournies les matériaux pour certains ouvrages de Versailles et du Vatican. L’exploitation des marbres a été considérablement freiné lors de la meurtrière Première guerre mondiale puis suite à l’avènement du ciment durant l’entre deux guerres. A ce jour seuls quelques exploitants continuent leur activité grâce à une clientèle richissime des Emirats Arabes Unis. En se promenant, on découvre de multiples secteurs de grimpe dont certains partent d’une gorge étroite. Un grimpeur local croisé en pied de falaise nous comble d’informations pertinentes en plus de sourires. Top du top, une source naturelle d’eau jaillit à proximité. Elle est réputée pour ses vertus médicinales et on observe quantité de locaux venir y remplir gourdes et bidons tout au long de la soirée. Dans une rue du hameau, des objets sont placés sur le sol et des étiquettes indiquent leurs prix respectifs. Une note indique que pour tout achat, l’argent doit simplement être déposé dans la boite aux lettres. Quel fabuleux concept et quelle confiance dans le genre humain !
Ce soir le repas est au top… Normal, nous n’avons pas eu à faire la cuisine, nous régalant de spécialités aux fruits de mer achetées à Mèze (tielles, chaussons aux moules) et de bon fromage. On se sent bien tous les deux, heureux d’être ensemble et dans un tel lieu. Notre bonheur n’est même pas perturbé lorsque, en début de soirée, l’ecclésiastique du coin nous demande de quitter le parking de l’église (pourtant absolument vide) pour passer la nuit sur un autre situé à quelques centaines de mètres.
(Dimanche 8 août) Après un petit déjeuner et un tour aux confortables toilettes de l’église, nous faisons la rencontre du vendeur d’objets de rue. Alors que je le félicite de son initiative, il nous confie être quelque peu déçu car il s’est fait avoir il y a peu. La journée débute par une visite de Caunes-Minervois où j’achète le topo d’escalade du coin. Alors que nous déambulons dans les rues, on croise deux femmes en train de laver leur linge dans un magnifique lavoir d’antan. Elles le font toute l’année (sauf les draps qu’elles passent en machine) ce qui leur donne l’occasion de se retrouver régulièrement. Quand je leur demande si je peux prendre une photo, l’une me propose d’inverser les rôles : elle se saisit de l’appareil tandis que je tâche tant bien que mal de laver ses vêtements.
De retour à Notre-Dame du Cros, nous faisons la rencontre de Christel, une grimpeuse passionnée vivant dans le Lauragais. Le temps est splendide, les cigales sont assourdissantes et les falaises plus qu’attirantes, l’occasion est parfaite pour aller tâter du rocher. Elle nous emmène au secteur ‘Les Terrasses’, suspendu au dessus de l’étroite gorge creusée par le ruisseau du Cros. Là on enchaîne de magnifiques voies (du 5c au 6b) d’une trentaine de mètres de hauteur. Edgar s’occupe avec sa Switch et ses lectures et il prend des photos parfois réussies… Le soleil nous fait déserter le secteur pour un autre en contrebas (Sanctuaire) où on conclue la journée par deux autres longueurs dont une en dalle.
ll y a foule en ce dimanche, la plupart des tables de l’aire de pique-nique agréablement ombragée par d’imposants platanes sont occupées par des familles, quelques grimpeurs jouent aux conquérants de l’inutile dans les secteurs les plus frais. On laisse filer le temps à la source où Edgar patauge tout sourire dans le bassin de récupération. Le carillon sonne, la foule sort de l’église, certains viennent s’approvisionner à la fontaine. Parmi ces derniers un homme vient se poser à côté de nous et adopte une position de parfait yogi. On ne tarde pas à échanger, il nous surprend par la sagesse de ses paroles. Il accompagne un couple avec deux enfants qui dégagent plus de stress que de zénitude. Alors que leur plus jeune enfant dévore Edgar des yeux, mourant d’envie de le rejoindre dans la fontaine, ses parent décrètent que c’est trop dangereux, qu’il risque la glissage (et peut être même la noyade…). Leur ami Shaolin, stupéfait par ce refus vis à vis de cette demande toute naturelle, me demande alors de l’aider à descendre précautionneusement le gamin dans le bassin. Ce dernier irradie aussitôt de joie tandis que le ‘yogi’ déclare « Regardez ! Il n’a jamais été aussi heureux votre fils ! ». Débute une passionnante discussion au cours de laquelle il nous révèle la présence d’un flux énergétique situé juste à la sortie de la gorge. En effet, en plaquant ses mains au sol à un endroit précis, on ressent des picotements et des fourmillements, ce qui n’est pas le cas juste à côté. C’est bluffant ! Christel, qui vadrouille également en camion, est notre invitée ce soir. On partage de la semoule agrémentée de choux, de graines et d’oeufs.
(Lundi 9 août) Une belle journée ensoleillée s’annonce, une de plus. Une fois le petit déjeuner englouti, nous partons tous trois vers le secteur Lucky Luke. Guidés par Christel, nous ne tardons pas à nous perdre ! Faut avouer que les explications fournies dans le topo sont plutôt imprécises et vagues, à croire que les rédacteurs se font un point d’honneur de garder les secteurs confidentiels. On bartasse dans la végétation – parfois épineuse – et dans des pierriers – parfois roulants – avant de rejoindre une piste bien marquée. Et là, surprise, se dresse devant nous de grandes barres de marbre taillées au couteau… Trop chouette, il s’agit d’une carrière aujourd’hui désaffectée ! On rentre dans le site où l’on dérange involontairement une vipère en train de se dorer la pilule. L’ampleur des travaux est impressionnante. La roche, dont la surface est encore marquée par la morsure des câbles métalliques ayant servi à l’entailler, est particulièrement esthétique. Quelques gros blocs parfaitement cubiques trainent au sol, déposés il y a probablement plusieurs dizaines d’années puis oubliés lorsque l’activité s’est brusquement éteinte. La végétation reprend progressivement possession des lieux. C’est émouvant !
Le soleil monte vite, il est grand temps d’aller grimper si l’on ne veut pas griller sur la paroi. Enfin nous atteignons le secteur recherché : une grande et vertigineuse barre rocheuse aux teintes rouges, grises et orangées, le rocher est sculpté, c’est absolument superbe. Je m’élance dans un 5b facile mais à l’ambiance montagnarde, toute en traversées pleines de gaz et qui dessine une grande diagonale le long de la falaise. Christel l’enchaine également puis nous nous attaquons à un 6a+ de 40 mètres, tout en doigts et absolument majeur. Quel régal ! Pendant que les grands s’amusent, Edgar travaille à la confection d’une tyrolienne entre un Chêne vert et un Pistachier térébinthe à l’aide de sangles, de dégaines et de mousquetons.
Il fait à présent trop chaud pour grimper, nous décidons de rejoindre la fraîcheur de la fontaine en empruntant le sentier passant par l’étroite gorge du Cros. Cette dernière est splendide, l’eau ayant patiemment joué son rôle de décapant, le lit de la rivière est intégralement composé d’un socle de marbre.
Le reste de l’après-midi se passe tranquillement, entre jeux d’eau, gainage, yoga et détente. On profite pleinement de ces moments de ‘slow life’, faisant fi des horaires. Edgar, inspiré par la scène du lavoir de la veille, entreprend une grande lessive de tous nos vêtements sales ! On trouve même le courage de se désaper pour une douche glaciale.
En fin de journée, nous mettons les voiles vers Caunes-Minervois avec l’intention de boire un coup. L’idée vient d’Edgar qui propose de nous inviter grâce à son billet de 20 euros. Quel amour ce ti’gars ! Alors que nous arrivons dans l’unique troquet ouvert, nous nous voyons refuser la terrasse pour cause d’absence de passe sanitaire… Mince, j’avais complètement oublié ce détail ! Pas désemparé, Edgar, qui lui n’est pas soumis à cette contrainte, propose d’aller chercher des boissons dans le bar… Un instant plus tard, il ressort de là des sodas et une bière à la main. Quel paradoxe ! On va s’asseoir à côté de la magnifique fontaine toute en marbre sur la place de la République encadrée par quatre énormes platanes. Finalement on y est bien mieux qu’entouré de gens masqués. De retour au parking de Notre Dame du Cros, on partage un repas de nouilles aux graines et au choux.
(Mardi 10 août) Il est déjà temps de regagner nos pénates, il s’agit de la dernière semaine d’Edgar en métropole et il a envie de passer du temps avec sa mamie Simone. Nous faisons de chaleureux adieux à Christel avant de passer la majeure partie de la journée (environ 7h00) à rouler vers l’ouest. Que ce road trip fut agréable, intense et enrichissant ! Je suis extrêmement fier de mon fils qui est à présent devenu un maître en la matière, parfaitement à l’aise avec le fonctionnement du camion et cette vie sans stress propice aux surprises et de découvertes. Il a énormément appris durant ce voyage (code de la route, géographie, anglais, musique, maniement des applications de cartographie, culture générale, botanique,…) et nous avons partagé de si bons moments, certains inoubliables. Dis Edgar, c’est quand qu’on repart ?
Notre dernière semaine dans les Landes va passer bien trop vite entre moments passés en famille et avec les ami(e)s (dont Seb et Sandra qui viennent d’arriver pour quelques semaines de vacances), sessions de paddle sur lacs et rivières, séances de yoga et de gainage (je termine le programme avancé de l’application ‘Plank Workout’, soit des sessions de 29 minutes d’exercice à la fin). Edgar a même droit à un cours particulier de poterie sur tour dispensé par Juliette. Très concentré et méticuleux, il écoute parfaitement les conseils et s’en sort drôlement bien. A la fin, il est particulièrement fier de son petit bol.
Vendredi soir, nous organisons une grosse fête rassemblant l’ensemble de nos camarades landais. Petits et grands ont beaucoup de bonheur à se retrouver autour de la table ! Tout le monde en profite au maximum mais toutes les bonnes choses ont malheureusement une fin… Ainsi, alors que nos convives viennent de partir tard dans la nuit, Edgar fond en larmes ! Il réalise que ses vacances avec son papa et sa mamie touchent à leur fin…
La dernière journée sera assurément la plus pénible du séjour : nous devons remonter sur Paris afin qu’Edgar prenne un avion vers La Réunion en fin d’après-midi. Durs moments que les adieux avec Mamie ! Fort de mon test PCR négatif effectué l’avant veille, la première partie du trajet se passe en train de Dax à Paris Montparnasse. Puis, nous marchons dans Paris afin de prendre un bus à Denfert-Rochereau. Bien que ce soit l’été et que la capitale jouisse donc d’une certaine tranquillité, Edgar est fort impressionné par la foule et le rythme de la ville. Une fois à Orly, nous procédons aux formalités d’embarquement (et dire qu’aucune vérification n’est faite de mon épais dossier UM) puis débute une attente de plusieurs heures. Pas simple pour Edgar qui pleure de temps en temps, à cause de la fin des vacances et car il est impressionné de devoir prendre l’avion seul. J’en suis navré, mais nous n’avons plus d’autre choix… Une hôtesse arrive pour le prendre en charge ainsi que la dizaine d’autres enfants, et la séparation devient effective. Jamais simple ces moments là, ni pour lui ni pour moi… Pas le temps de m’apitoyer sur mon sort et encore moins d’attendre que son avion ait décollé tel que le précise la procédure AirFrance, j’ai pour mission de rejoindre le plus rapidement possible l’aéroport Charles-de-Gaulle afin de prendre le dernier avion du jour en direction de Biarritz. Même si le tarif est exorbitant, je n’ai d’autre option que de prendre un taxi. Aucun regret, j’arrive juste à temps…




































































































































































Salut l’ami Jean !
Que de plaisir que de lire les récits de tes/vos péripéties !
On s’en délecte comme d’une histoire contée par papy au coin du feu !
Remplis de détails qui nous baignent dans les émotions de tes aventures, une documentation impressionnante, irriguée par les images qui ne surprennent pas, vu tes descriptions généreuses et précises !
Bref un grand plaisir à te lire et à sourire, une petite impression d’être en voyage avec toi
A très vite et continues à bien profiter
Bise
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dokimentèr en lèr mon Jean ! aou mét pa kari sou do ri kan aou pran la plime. arvien nou vit kan mem. biz
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