(Lundi 19 juillet) Après quelques jours de repos dans les Landes, il est temps de remettre les voiles. Cette fois-ci, le trip sera moins culturel que dans le Périgord mais nettement plus sportif car essentiellement dédié à l’escalade. Mes doigts me démangent, plus de deux mois que je ne me suis pas adonné à cette passion, la ‘faute’ à ma dernière mission sur Europa (île miracle de la Nature mais désespérément plate) et au temps pluvieux et capricieux depuis mon arrivée en métropole. Cette fois-ci les dieux de la météo semblent être de notre côté et l’endroit est parfait pour s’adonner à la varappe tant les falaises équipées sont nombreuses !! Cette nouvelle aventure va se passer uniquement entre bonhommes, soit 6 gaillards : Jean-David, Vincent, Mathieu, François, Cédric et moi.
Les deux camions (Ti’lland et le van de Cédric) sont pleins à craquer de matériel d’escalade pour la falaise (que ce soit pour de la couenne ou pour des grandes voies) et pour du bloc (crash pad), de matériel de bivouac (tentes et tapis de sol pour les non conducteurs), de vivres, de bières… et de testostérone.
Je pars dans le courant de la matinée avec JD, légèrement plus tard que les autres car il nous faut repasser dans un garage à Soustons afin de finaliser un changement de filtre à gasoil mal opéré la semaine dernière. Après la monotonie de l’autoroute (quoique, la chaine pyrénéenne se dresse en toile de fond), quel plaisir de parcourir les petites départementales de l’Ariège où rapidement se dressent de toutes parts de magnifiques barres rocheuses. Les paysages sont vallonnés, la nature et les pâtures sont verdoyantes et la végétation diversifié, les cours d’eau multiples, c’est grandiose et apaisant. La dent d’Orlu apparait à l’horizon, éveillant le souvenir d’une épique session réalisée quelques années plus tôt en compagnie de JD et de François : un big wall de 1000 mètres dans lequel nous aurons passé 14h00 d’efforts et frôlé la déshydratation extrême nous retrouvant à cours d’eau dès la mi parcours…
Après presque 4h00 de trajet nous voici dans le petit village de Lordat à la recherche de nos compagnons de cordée. Ceux-ci sont attablés dans un petit bar tenu par de forts sympathiques et communicatifs retraités. C’est un peu l’âme de ce village de 64 habitants, pratiquement coupé du monde en période hivernale. Ici on respire librement le bon air de la montagne, personne ne porte de masque !
Après le réconfort, passons à l’effort. Au bout d’une quinzaine de minutes de marche d’approche, alors que Vincent et Cédric sont pratiquement au bout de leur vie, la barre rocheuse du secteur principal se dresse devant nous. Elle est belle, constellée de marbre rose (soit du calcaire rosé), ici dit granitique, c’est dire sa compacité. Les binômes se constituent et il est enfin temps de s’élancer. Nous allons enchainer des voies tout au long de l’après-midi, allant du 5c+ au 6c+, certaines longues de 30 mètres. On bénéficie d’un temps splendide et de magnifiques vues sur la vallée en contrebas et les chaines montagneuses environnantes. Il y a peu de monde ce qui n’empêche de beaux échanges entre passionnés.
Au retour, nous faisons une nouvelle pause dans le pittoresque café où les propriétaires nous content quelques anecdotes sur le village et leur art de vivre. Un bassin recueillant l’eau d’une fontaine nous permet un décrassage, rapide car elle est glaciale.
François nous guide alors vers un spot où passer la nuit qu’il a repéré sur un topo d’escalade. Il s’agit d’une ancienne carrière de calcaire située à deux pas de Garanou. On installe chaises et tables et l’apéro durera jusqu’au bout de la nuit (il faut savoir que Mathieu est belge et que les autres sont du sud-ouest). JD, qui avait prévu le coup, nous gratifie d’un délicieux repas préparé la veille. On dévore légumes, fromage et fruits mais au vu de l’état d’ébriété de quelques-uns, il faut croire que cela n’aura pas suffi à éponger les estomacs. La nuit fut courte car bruyante et notamment animée par une bataille de crottins de cheval entre quelques fêtards et un dormeur excédé…
(Mardi 20 juillet) La nuit fut donc courte… Pas grave, chacun a retrouvé sa bonne humeur ce matin et le soleil est au rendez-vous. Séance de gainage, histoire de réveiller le corps et de le préparer à la suite de la journée.
De notre aire de stationnement/bivouac, nous sommes tout proche du secteur Garavou. A peine le temps de faire deux voies (5c et 6a+, belles et longues) que le soleil irradie déjà la falaise. La température monte vite, ce qui gêne considérablement mes camarades non tropicalisés.
On troque nos baudriers pour des serviettes de bain, direction la rivière. Petite marche à travers une belle forêt où quelques orchidées calcicoles croient en sous bois. Le cours d’eau est bucolique à souhait, l’eau est translucide et les rives verdoyantes (Aulne glutineux, Frêne, Tilleul). Cependant, tandis que des corps et des bières prennent le frais, je ne peux même pas tremper un orteil dans cette eau translucide et glaciale. Je me contente d’une toilette de chat…
En début d’après-midi, la fatigue se fait ressentir pour tous, on paye cette nuit trop brève… Au réveil, une partie de pétanque s’organise. Nous décidons ensuite de changer de spot et optons pour la falaise de Spelung à quelques lieux d’Ax-les-Thermes. Alors que nous faisons un bref arrêt ravitaillement dans cette charmante ville, le ciel s’assombrit brusquement, l’orage tonne et il ne tarde pas à pleuvoir des cordes. C’est donc sous le déluge que nous contemplons l’impressionnante falaise qui malheureusement est impraticable vu les conditions climatiques… Tant pis, tentons de trouver une aire pour la nuit. On trace vers le sud, direction Mérens-les-Vals. Malgré une recherche assidue dans quelques petits villages (on tâche de suivre les panneaux envoyant vers des monuments historiques), aucun parking n’est accessible (encore ces foutues barres me bloquant l’accès) ou suffisamment calme. Le pire est atteint à l’Hospitalet-près-l’Andorre où j’ai bêtement fait confiance à l’application Park4Night qui indiquait un spot sympa avec même une cascade et pour lequel les commentaires étaient élogieux… En lieu et place d’un site paradisiaque, une aire bétonnée au bord d’une voie ferrée et d’un axe de circulation, et une sortie d’eaux usées en guise de chute d’eau. Même l’accès aux robinets est payant… Après ce loupé, mes camarades ressentent le besoin de se remonter le moral dans le bar (glauque) du coin.
On reprend la route pour revenir à Ax afin de s’offrir un repas dans un restaurant bien sympa. La bonne humeur est revenue, on se marre bien ! Après quelques kilomètres, on va se garer dans une valeur sûre : le parking d’Orlu.
(Mercredi 21 juillet) Après une nuit calme et reposante, tandis que mes collègues avalent leur petit déjeuner, je fais une nouvelle séance de gainage. Nous partons ensuite nous garer dans le village d’Orlu afin de rejoindre à pied le spot de bloc. L’endroit est splendide : une forêt verdoyante et riche abrite quantité d’énormes blocs tous plus esthétiques les uns que les autres. Cependant, ils sont pour la plupart couverts de mousses et de lichens, rendant leur escalade impossible ou au mieux très risquée. Après avoir trouvé quelques roches pas trop humides, chacun s’élance. Je fais une brève tentative avant de jeter l’éponge, l’exercice étant trop traumatisant et douloureux pour ma hanche arthrosée… Pas dépité pour un sou, j’en profite pour faire des photos.
Après quelques heures, les doigts en feu, mes amis arrêtent les frais. Casse croûte et rapide baignade dans la rivière toute proche, puis nous reprenons la route vers Bédeilhac, à côté de Tarascon-sur-Ariège. Sur le parking du cimetière quelques grimpeurs retrouvent leur véhicule après une matinée sportive. On échange avec un couple d’un certain âge ainsi qu’avec un couple d’espagnols. Tous sont ravis de leurs sessions dans le coin. C’est donc de bonne augure, mais pour l’heure il fait encore trop chaud pour de tels efforts.
Il y a de nombreux secteurs sur la grande barre rocheuse, nous choisissons celui des Grottes, le moins exigeant en terme d’approche. Sur le chemin emprunté par un GR quelques magnifiques vues sur des falaises et la vallée s’offrent à nous. Arrivé sur site, nous découvrons une immense cavité, bien fraîche, autour de laquelle partent de longues voies (entre 25 et 30 mètres). Toujours en binôme avec JD, je m’élance le premier dans une 6a. Et là, surprise ! Malgré cette cotation à priori largement abordable, la voie se montre coriace, technique et difficile à lire. Se méfier de ce type de secteur farci de voies dures (beaucoup de 7 et quelques 8) où les équipeurs et les forts grimpeurs sont incapables d’estimer correctement une voie dans le 6… Le rocher est extrêmement cisaillé, les mono et bi-doigts sont légion, mes pauvres doigts souffrent. Je m’accroche, ouf, enfin le relais ! Première voie et mes avant bras sont déjà durs comme du béton ! Mon moral remonte quand je constate que tout le monde galère sur cette paroi bien verticale. On réalise encore deux autres voies (6b et 6b+), dures et techniques, avant de revenir au parking la nuit tombante.
Ce soir c’est Mathieu et (un peu) François, qui jouent le rôle de cuistots. Au menu : des pâtes au thon arrosées de sauce tomate et de pesto. A défaut d’être particulièrement bon, ça nous remplit…
(Jeudi 22 juillet) On se lève tôt ce matin (7h00), l’objectif étant d’éviter au maximum la grosse chaleur alors que nous avons pour objectif de réaliser une grande voie sur le Pilier des Cathares. On se prépare sur le parking, la gueule enfarinée… A côté, deux ‘vieux’ parlent fort. Ils sont déjà prêts et lourdement chargés, prêts pour attaquer la fastidieuse besogne de purge d’une falaise. Il s’agit de Gérard POULIQUEN, un équipeur célèbre dans la région pour son titanesque travail (plusieurs centaines de voies mises à jour, nettoyées et équipées) et son oeuvre ‘littéraire’ remarquable (dessin des topos des voies et partage gratuit sur Internet).
On part en premier avec JD, les deux autres cordées nous suivant de peu. Malgré les explications sur l’accès, on galère quelque peu lors de notre approche… D’un coup, un énorme bruit se fait entendre, suivi d’un rocher en train de débouler la pente à toute berzingue… Ouah, impressionnant ! Bien que volontairement provoqué par Gérard et son acolyte, qui nous ont repéré préalablement, c’est tombé à un jet de pierre de notre position. Mieux vaut ne pas trop trainer (vite commencer à monter) et on prie pour que nos collègues retardataires n’aient pas été emportés par ce bloc…
Tandis qu’arrivent sain et saufs, et même tout sourires, nos compagnons, nous décollons pour la voie éponyme du secteur, soit 200 m de verticalité en 7 longueurs allant du 5a+ au 5c. On se relaie pour partir en tête, sauf sur la fin où j’assure le job car JD a une épaule souffrante. Les longueurs sont relativement simples (bien qu’il faille quand même assurer quelques beaux mouvements) et très agréables sur ce rocher gris, compact, parfois bien façonné (quelques gouttes d’eau et cannelures rappellent le Verdon) et aux faciès variés (dièdre, fissure, dalle). En cours d’ascension, je prends le temps de discuter avec Gérard et son collègue, suspendus pas bien loin de notre ligne, les remerciant chaleureusement pour ce qu’ils offrent aux grimpeurs tandis qu’il me conseille sur l’itinéraire à emprunter pour atteindre le prochain relais alors invisible depuis ma position (c’est dingue, il connait chaque pas de chaque longueur !). Alors que le soleil frappe puissamment la paroi, mettant à mal mon compagnon de cordée, nous retrouvons nos collègues (qui ont emprunté des voies parallèles à la notre) sur une large vire herbeuse précédant la dernière longueur. Les pieds sont gonflés, les t-shirt (pour ceux qui en portent) trempés et certains ont le visage cramoisi… Il est temps que ça se termine. C’est chose faite quelques dizaines de minutes plus tard. La vue depuis l’arrêt sommitale est grandiose, une tour de gué médiévale en ruine rajoute du charme aux lieux. La descente se fait à pied : même si on y perd en termes de sensations au moins pas de risque de coincer une corde en tirant un rappel dans la paroi bien végétalisée.
De retour aux camions, on trace vers Saurlat pour s’abreuver dans une charmante guinguette tenue par un patron à la gueule de punk bien sympa. On reprend alors la route, roulant tout doucement pour tenter de trouver un coin permettant l’accès à une rivière. Peine perdue, c’est trop vertical et souvent blindé d’orties… Tant pis, profitons en pour manger. On se pause sur un bord de route quand, hélée par François, une conductrice s’arrête, impressionnée par cette brochette de corps musclés allongés dans l’herbe. Elle nous renseigne sur l’emplacement d’un coin sympa pour passer la nuit, on est à deux doigts de lui demander l’hospitalité…
Avec Ti’lland nous partons en éclaireur, tandis que les autres vont faire quelques emplettes dans une supérette. En suivant la trace menant au point GPS de référence, nous parcourons une route qui ne cesse de se rétrécir pour, après avoir frôlé quelques murets de pierre tant les bâtisses sont parfois proches, finalement déboucher dans un cul de sac… Tandis que je m’échine à faire demi-tour, deux femmes surgissent de nulle part et se moquent gentiment en me voyant manoeuvrer. Nous ne sommes pas les premiers à nous perdre ici ! Elles nous indiquent l’accès pour aboutir à l’endroit recherché et nous proposent d’acheter du fromage fermier. Trop bien !! Comme souvent c’est en se perdant que l’on favorise les découvertes. Les filles bossent dans une exploitation toute proche, élevant des vaches pour fabriquer des tommes. Leur étable est incroyablement propre, la cave à fromage remarquable et leur production délicieuse. Signe qui ne trompe pas, un voisin vient également acheter de la tomme.
Fort de ces nouvelles informations, nous dénichons sans problème notre lieu de villégiature pour la nuit à venir : un fond de vallon où coule un petit ruisseau, en pleine forêt domaniale peuplée de Bouleau. L’endroit nous plait, c’est calme, on prévient le reste de l’équipe…
Je pars ensuite faire une balade, afin d’apprécier les paysages sous la lumière rasante du soir et pour trouver un peu de réseau téléphonique pour appeler Edgar. Les autres jouent à la pétanque sur la route forestière pleine d’ornières.
Ce soir, je me colle aux fourneaux, concoctant des patates douces sautées avec de l’ail et des oignons, agrémentées d’un filet de miel. JD apprécie, les autres préfèrent leur boite de cassoulet. Après une telle journée, la nuit va être bonne… et fraîche.
(Vendredi 23 juillet) En ce dernier jour les discussions matinales sont (une fois de plus) animées afin de décider où aller grimper… Les spots ne manquent pas et ce n’est pas facile de satisfaire tout un chacun. Finalement, un groupe décide d’aller acheter du fromage à la ferme découverte la veille, tandis que Ti’lland ira s’abreuver à Tarascon. Aussi, on s’est mis d’accord pour rouler jusqu’à la falaise de Lortet (Haute-Garonne, proche de Lannemezan), histoire de couper le trajet du retour. Adieu donc l’Ariège, j’ai adoré, je tâcherai d’y revenir prochainement… Nous arrivons sur la falaise aux alentour de 13h30, il fait beau et chaud. D’autres grimpeurs et grimpeuses sont sur site, l’ambiance est sympathique. Pour ma part, je vais faire quatre voies (du 5c au 6b, entre 20 et 25 m de long) sur ce beau rocher à trous, réglettes, dièdre, bien vertical voire déversant. C’est exigeant, technique et parfois athlétique et même si quelques passages sont patinés, j’apprécie chacune d’entre elles.
Après une dernière bière pour mes camarades, les pieds dans la rivière, il est temps de faire les adieux et de reprendre la route vers les Landes. Quelle belle semaine, entre sport, amitié et découverte, inondée de soleil et de bonne humeur.




















































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